Mis à jour en octobre 2026 par F. Mermer, ingénieur structure génie civil, spécialisation CHEBAP (CHEC), France Ingénieurs.
Micropieux ou résine, ou bien reprise en sous-œuvre traditionnelle : aucune de ces techniques n’est meilleure dans l’absolu. Le bon choix dépend de la cause des fissures, de la profondeur du bon sol et de l’accès au chantier. En revanche, une règle ne change pas : on choisit la technique après l’étude, jamais sur la foi d’un devis.
Voici comment fonctionne chaque solution, dans quels cas elle convient et ce que vérifie un ingénieur avant de trancher. Si vous vous demandez encore si vos fondations sont en cause, commencez par notre article sur les signes qui imposent une reprise en sous-œuvre.
L’essentiel en 30 secondes
- On traite d’abord la cause : sol argileux, fuite, arbre, fondations trop faibles.
- La profondeur du bon sol, donnée par l’étude de sol, oriente le choix de la technique.
- Les fissures se réparent en dernier, une fois le bâtiment stabilisé.
- Un ingénieur indépendant compare les solutions sans en vendre aucune.
Avant de choisir entre micropieux ou résine, comprendre la cause
Une reprise en sous-œuvre consiste à renforcer ou à approfondir les fondations d’un bâtiment existant. Elle ne sert à rien si la cause du mouvement reste active. C’est pourquoi l’ingénieur cherche d’abord ce qui fait bouger la maison.
Les causes les plus fréquentes sont connues. D’abord, le retrait-gonflement des argiles : le sol se rétracte en période sèche et regonfle avec la pluie. Ensuite, une fuite de canalisation qui lessive ou détrempe le sol. Enfin, un arbre trop proche, ou des fondations trop peu profondes dès l’origine.
Ainsi, deux maisons qui présentent les mêmes fissures en escalier dans les murs peuvent demander deux traitements différents. Seule l’étude de sol, croisée avec l’observation du bâtiment, permet de le dire.
L’injection de résine : principe, atouts et limites
On injecte sous la fondation une résine qui gonfle et durcit dans le sol. Elle comble les vides et densifie le terrain sur une certaine épaisseur.
1Ses atouts
Le chantier est rapide et peu invasif. On perce de petits trous, sans grande fouille ni engin lourd.
2Ses limites
Son efficacité dépend fortement de la nature du sol et de la profondeur traitée. Sur une argile sensible à la sécheresse, il faut vérifier que la zone traitée descend plus bas que la zone où l’argile se rétracte. Par ailleurs, le résultat se contrôle moins directement qu’une fondation en béton que l’on voit couler.
3Quand l’envisager
Pour un sol médiocre sur une faible épaisseur, quand l’étude de sol le justifie.
Micropieux et longrines : principe, atouts et limites
Les micropieux sont des pieux de petit diamètre, forés jusqu’à une couche de sol résistante. Des longrines, c’est-à-dire des poutres en béton armé, relient ensuite les pieux et reprennent les murs existants.
1Leurs atouts
Ils vont chercher le bon sol à grande profondeur. Le bâtiment ne dépend plus de la couche argileuse de surface.
2Leurs limites
Il faut amener une foreuse au pied des murs, parfois en sous-sol. De plus, la liaison entre longrines et murs existants demande un calcul et une exécution soignés. C’est en général la solution la plus lourde.
3Quand les envisager
Quand le bon sol est trop profond pour être atteint autrement, ou quand l’accès interdit les grandes fouilles.
La reprise en sous-œuvre traditionnelle par plots
On creuse sous la fondation existante par petites passes alternées, jamais tout le mur d’un coup. Chaque passe est remplie de béton jusqu’au bon sol. Ensuite, on passe à la suivante, une fois la précédente durcie.
1Ses atouts
La technique est simple et éprouvée. Surtout, on voit le fond de chaque fouille : on vérifie de visu que l’on a atteint le bon sol.
2Ses limites
Le chantier est long et salissant, avec des terrassements au pied des murs. Plus le bon sol est profond, plus les fouilles sont lourdes et coûteuses.
3Quand l’envisager
Quand le bon sol reste accessible par des fouilles manuelles ou à la mini-pelle, et que le coût reste inférieur à celui des micropieux.
Tableau comparatif des trois solutions
| Critère | Résine | Micropieux | Plots |
|---|---|---|---|
| Principe | Densifier le sol | Porter sur le sol profond | Descendre la fondation |
| Bon sol | Selon étude | Même profond | Accessible en fouille |
| Chantier | Léger, rapide | Foreuse, lourd | Fouilles, long |
| Contrôle | Indirect | Essais, suivi | Visuel, à chaque passe |
| Coût | Selon volume injecté | En général le plus élevé | Croît avec la profondeur |
Et les fissures ? Agrafage et mortier de réparation
Les fissures se traitent en dernier. Les reboucher avant d’avoir stabilisé les fondations revient à masquer le symptôme : elles se rouvrent.
Une fois la reprise faite, on recoud la maçonnerie par agrafage. Des agrafes métalliques sont scellées en travers de la fissure, à intervalles réguliers, pour rétablir la continuité du mur. Ensuite, la fissure est purgée puis refermée au mortier de réparation. Enfin, les enduits et les finitions viennent après une période de suivi.
À ne pas faire :
- reboucher les fissures avant d’avoir traité la cause ;
- choisir une technique sur la seule base d’un devis d’entreprise ;
- engager des travaux sans étude de sol ;
- laisser couler les eaux de pluie au pied des murs sur un sol argileux.
Dans le doute, faites d’abord établir un diagnostic de fissures par un ingénieur indépendant.
Ce que vérifie l’ingénieur avant de trancher
1Le dossier existant
Expertises, études de sol, plans et historique des désordres. Les conclusions de chaque document sont croisées entre elles.
2Le bâtiment sur place
Relevé des fissures, de leur forme et de leur ouverture, nature des murs et des fondations visibles.
3Le sol
L’étude géotechnique, dont les missions sont définies par la norme NF P 94-500, donne la nature des couches et la profondeur du bon sol. Les fondations se justifient ensuite selon l’Eurocode 7 (NF EN 1997-1).
4Les charges
Une descente de charges chiffre ce que chaque mur transmet au sol. Les plots, les longrines ou les micropieux se dimensionnent à partir de ces valeurs, selon l’Eurocode 2 (NF EN 1992-1-1) pour le béton armé.
5La comparaison
Chaque solution est évaluée sur sa faisabilité, son efficacité et son coût. La solution retenue fait ensuite l’objet de plans de renforcement.
Cas réel : une maison fissurée par les argiles à Strasbourg
Le contexte
Dans un quartier de Strasbourg, une maison traditionnelle de deux niveaux sur sous-sol, proche d’un lac, présentait des fissures importantes. Elles traversaient les murs du sous-sol jusqu’aux étages. Le dossier avait déjà fait l’objet d’expertises, dont une expertise judiciaire. La cause retenue : le retrait-gonflement des argiles.
Notre mission
Nous avons d’abord repris l’ensemble du dossier : expertises, expertise judiciaire, études de sol et documents du client. Ensuite, nous avons visité la maison et croisé ces résultats avec nos propres constats. Nous avons alors comparé trois solutions : injection de résine, micropieux avec longrines, et reprise en sous-œuvre traditionnelle.
La solution retenue
L’étude de sol plaçait le bon sol en profondeur. Les plots devaient donc descendre sous la zone où l’argile se rétracte et gonfle. Malgré cette profondeur, la reprise en sous-œuvre traditionnelle restait la solution la moins onéreuse. Elle a été complétée par l’agrafage des fissures et une réparation au mortier.
Le résultat
Notre mission a couvert tout le projet : étude de renforcement, plans, consultation des entreprises, puis suivi des travaux sur le chantier. Le client a ainsi disposé d’une solution argumentée, comparée et contrôlée jusqu’à son exécution.
Votre maison se fissure et on vous propose une solution ?
Envoyez-nous vos photos, l’adresse, l’année de construction et, si vous les avez, l’étude de sol et les devis reçus. Nous vous disons si la solution proposée est adaptée et quelle suite donner.
ou par e-mail : contact@france-ingenieurs.com
Questions fréquentes sur la reprise en sous-œuvre : résine, micropieux ou plots
Faut-il attendre avant de réparer les fissures ?
Oui. On répare les fissures une fois les fondations stabilisées, jamais avant. Après la reprise en sous-œuvre, un suivi des fissures pendant plusieurs mois confirme que le bâtiment ne bouge plus. Les enduits et les finitions viennent ensuite.
La reprise en sous-œuvre empêche-t-elle de nouvelles fissures ?
Elle supprime la cause quand les fondations atteignent un sol stable. Les mouvements de structure s’arrêtent alors. En revanche, de fines fissures de finition peuvent encore apparaître dans les enduits pendant la période de stabilisation.
Peut-on combiner plusieurs techniques ?
Oui, et c’est fréquent. Une partie de la maison peut être reprise par plots et une autre par micropieux, selon le sol et l’accès. L’agrafage des fissures vient en complément de la reprise, jamais à sa place.
La résine expansive suffit-elle sur un sol argileux ?
Cela dépend de l’épaisseur d’argile sensible et de la profondeur traitée. Si la résine ne descend pas sous la zone où l’argile se rétracte, le problème peut revenir à la sécheresse suivante. Seule l’étude de sol permet de le dire.
Un ingénieur peut-il intervenir quand une expertise judiciaire est en cours ?
Oui, à la demande d’une partie. L’ingénieur analyse le dossier, propose et compare des solutions techniques et peut suivre les travaux. Il ne remplace pas l’expert désigné par le tribunal.
Que faire autour de la maison pour limiter l'effet des argiles ?
Éloignez les eaux de pluie du pied des murs et surveillez les fuites de canalisation. Évitez de planter des arbres près de la maison, et n’abattez pas un grand arbre proche sans avis. Ces mesures limitent les variations d’humidité du sol sous les fondations.
