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Démolition de mur porteur

Démolition de mur porteur au rez-de-chaussée, poutres acier HEA et étais en place

Mis à jour en novembre 2026 par F. Mermer, ingénieur structure génie civil, spécialisation CHEBAP (CHEC), France Ingénieurs.

La démolition de mur porteur ne commence pas par la masse. Elle commence par une étude, un plan de démolition et de renforcement, puis un étaiement posé avant le premier coup. Ensuite, chaque étape suit ce plan : démolition, appuis, poutres, assemblages, poteau, contrôle et désétaiement.

Cet article suit un chantier réel, mené à Mundolsheim, près de Strasbourg. Plusieurs murs porteurs y ont été démolis au rez-de-chaussée d'une maison en réhabilitation. Si vous hésitez encore entre une simple ouverture et la disparition complète du mur, lisez d'abord notre article sur la suppression complète d'un mur porteur.

L'essentiel en 30 secondes

  • Pas de démolition sans plan de démolition et de renforcement établi par un ingénieur structure.
  • L'étaiement se pose avant la démolition, et il descend jusqu'au sous-sol quand le plan l'exige.
  • Les poutres se commandent après mesure sur place, jamais sur la seule cote du plan.
  • Les assemblages, les appuis et la fondation comptent autant que la taille de la poutre.

Démolition de mur porteur : ce qui doit exister avant le premier coup

Un mur porteur reçoit le poids des planchers, des murs des étages et parfois de la toiture. Quand il disparaît, ce poids doit trouver un autre chemin jusqu'au sol. Ce chemin se dessine sur le papier avant de se construire sur le chantier. Ainsi, quatre éléments doivent être réunis avant toute démolition.

1Une note de calcul

Elle part d'une descente de charges : ce que chaque mur porte, étage par étage. Ensuite, elle dimensionne chaque poutre, chaque appui et chaque poteau.

2Un plan de démolition et de renforcement

C'est le document que l'entreprise suit sur place. Il montre les murs à démolir, les profils à poser, les sommiers, les assemblages et les conditions d'exécution.

3Des consignes d'étaiement

Elles disent où placer les étais et jusqu'où descendre. Par ailleurs, elles fixent le moment où l'on peut les retirer.

4Les vérifications autour du mur

Réseaux électriques, gaz ou eau dans la maçonnerie, accord de la copropriété si besoin, repérage amiante dans une maison ancienne. Ces points ne relèvent pas de l'ingénieur structure, mais ils bloquent le chantier s'ils sont oubliés.

Demandez aussi à l'entreprise son attestation d'assurance décennale. Vérifiez que l'activité de maçonnerie ou de gros œuvre y figure bien. Pour le détail de notre mission d'étude, voyez notre page sur l'étude d'ouverture de mur porteur à Strasbourg.

Cas réel à Mundolsheim : lire le plan de démolition et de renforcement

Le contexte

Il s'agit d'une maison à étage avec sous-sol, à Mundolsheim, au nord de Strasbourg. Les planchers sont en bois. Le projet de réhabilitation regroupe la cuisine et deux pièces du rez-de-chaussée en un seul grand volume. Pour cela, plusieurs murs porteurs en maçonnerie doivent disparaître, ainsi qu'une cheminée sur tous les niveaux.

Notre bureau d'études a établi le plan de démolition et de renforcement, diffusé fin avril 2026. Les photos de cet article ont été prises sur le chantier, en août 2026.

Plan d'un rez-de-chaussée avant démolition de murs porteurs, murs à démolir repérés en rouge
Plan de l'existant : les murs à démolir sont en rouge, les murs à maçonner en vert.

Comment lire le plan

Le premier plan montre l'existant. Les hachures représentent les murs conservés. En rouge, ce qui part : les murs autour de la cuisine, entre les pièces 2 et 3, et la cheminée. En vert, ce qui se maçonne. Les cotes sont en centimètres.

Le second plan montre le projet. Chaque poutre porte un numéro, un profil et ses appuis. De plus, un encadré rouge rappelle une règle essentielle : toutes les longueurs de profils se mesurent sur place avant la commande à l'atelier.

Plan de renforcement après démolition de murs porteurs : poutres HEA numérotées, sommiers en béton armé et poteau
Plan du projet : six poutres, un poteau, des sommiers en béton armé et deux assemblages détaillés.

Ce que prévoit le plan de ce chantier

Les murs disparus sont remplacés par un réseau de poutres en acier, des profils HEA. Leur hauteur suit la charge et la portée de chacune :

  • la poutre 1 en HEA 200, posée sur un sommier en béton armé de 55 cm de large ;
  • un HEA 220 pour la poutre 4, qui reçoit la poutre 1 par un assemblage ;
  • au centre, la poutre 3 en HEA 260, le profil le plus haut du plan, sur un sommier de 55 cm de large et 20 cm de haut ;
  • côté rue, la poutre 2 en HEA 180, qui s'assemble sur la poutre 3 et repose sur un sommier de 40 cm de large ;
  • un poteau HEA 160 sous le croisement des poutres 2 et 3 ;
  • deux petites ouvertures en HEA 100, dont une fenêtre à créer.

Le plan prévoit aussi des variantes. Par exemple, selon les sondages sur site, un trumeau de façade peut être reconstruit en béton armé ou en maçonnerie chaînée. En effet, on ne connaît jamais complètement un mur avant de l'avoir ouvert.

Démolition d'un mur porteur, étape par étape

L'ordre exact dépend du plan. Dans ce chantier, les poutres sont posées sous les planchers, ce qui impose de soutenir les planchers avant de retirer les murs. Voici la séquence suivie, étape par étape.

1Préparer et protéger

On vide les pièces, on protège les sols conservés et on coupe les réseaux qui traversent les murs. Ensuite, on retire les doublages et les plafonds suspendus qui cachent la structure.

2Étayer avant de démolir

Le plan de Mundolsheim est clair : étaiement des planchers et des murs avant démolition, jusqu'au sous-sol. Un étai posé sur un plancher bois charge ce plancher. Il faut donc reporter l'effort jusqu'à un support capable de le recevoir. Pour le détail des étais et du chevalement, voyez notre article sur l'étaiement d'un mur porteur pendant les travaux.

Démolition de mur porteur : étais métalliques sous les nouvelles poutres acier au rez-de-chaussée
Étais en place sous les poutres neuves, avant le contrôle et le désétaiement.

3Démolir par passes

La maçonnerie se retire par petites passes, du haut vers le bas, sans choc violent sur les murs conservés. À chaque passe, on observe ce que le mur révèle : conduit, ancien linteau, maçonnerie plus faible que prévu. En cas de doute, on s'arrête et on appelle l'ingénieur.

4Créer les appuis

Chaque extrémité de poutre repose sur un sommier en béton armé, coulé dans le mur conservé. Il répartit la charge concentrée sur la maçonnerie. Le béton doit avoir durci avant d'être chargé. Pourquoi cet appui fait souvent la différence : lisez notre article sur le sommier sous une poutre.

5Mesurer, fabriquer et poser les poutres

Une fois les murs ouverts, on mesure chaque longueur réelle. Les profils sont ensuite fabriqués en S235 au minimum, avec deux couches de peinture antirouille. À la pose, la poutre est calée contre le plancher au mortier sans retrait. Ce calage évite que le plancher descende avant de s'appuyer sur l'acier.

6Assembler et stabiliser

Les poutres sont reliées entre elles et au poteau selon les détails du plan. En outre, le plan impose de maintenir l'aile supérieure de chaque poutre par des tirefonds dans les solives bois. Sans ce maintien, une poutre fléchie peut se déverser, c'est-à-dire basculer sur le côté.

Croisement de deux poutres acier HEA maintenu par un étai pendant les travaux
Croisement de deux poutres, encore soutenu par un étai le temps de terminer l'assemblage.

7Contrôler, désétayer, protéger

On vérifie les appuis, les calages et les assemblages avant de retirer un seul étai. Le désétaiement se fait progressivement. Enfin, les profils reçoivent leur protection : le plan rappelle qu'un profilé acier nu n'a pas de résistance au feu, et prévoit un habillage en plâtre.

Les assemblages entre poutres : le détail qui fait tenir l'ensemble

Quand un seul mur disparaît, une poutre va d'un appui à l'autre. En revanche, quand plusieurs murs disparaissent, des poutres portent d'autres poutres. Toute la charge de la poutre portée passe alors par quelques boulons ou quelques centimètres de soudure. C'est pourquoi l'assemblage se calcule autant que la poutre.

À Mundolsheim, le plan détaille deux assemblages. Le premier relie la poutre 1 (HEA 200) à la poutre 4 (HEA 220) par une cornière L 100 x 100 x 10 et des boulons M14 de classe 8.8.

Détail d'assemblage d'une poutre HEA 200 sur une poutre HEA 220 par cornière boulonnée
Assemblage 1 : la poutre HEA 200 s'attache sur l'âme de la HEA 220 par une cornière et trois rangées de boulons M14.

Le second relie la poutre 2 (HEA 180) à la poutre 3 (HEA 260), avec la même cornière et des boulons M16 de classe 8.8. Dans les deux cas, l'aile supérieure de la poutre portée est entaillée pour passer sous celle de la poutre porteuse. Un jeu de 10 mm est laissé en bout pour le montage.

Détail d'assemblage d'une poutre HEA 180 sur une poutre HEA 260 par cornière boulonnée
Assemblage 2 : la poutre HEA 180 sur la HEA 260, avec des boulons M16.

Le plan autorise aussi une variante soudée. Il en fixe alors les dimensions : cordon de 150 mm de long et gorge de 3 mm, des deux côtés de la poutre. Sur ce chantier, les photos montrent des assemblages soudés sur place. Une soudure de chantier demande un soudeur qualifié, un acier propre et un contrôle visuel des cordons. Après soudure, la peinture antirouille est reprise.

Assemblage soudé entre deux poutres acier sous un plafond ancien mis à nu
Assemblage soudé entre deux poutres. Au-dessus, le plafond ancien est ouvert.

Poteau, sommiers et fondation : descendre les charges jusqu'au sol

Le croisement des poutres 2 et 3 concentre beaucoup de charge. Le plan y place donc un poteau HEA 160. Or un poteau ne vaut que par ce qui se trouve sous lui. Ici, la charge descend jusqu'au sous-sol.

  • En tête : une platine de 200 x 260 x 10 mm, fixée sous la poutre par 4 boulons M10 ou par soudure.
  • En pied : une platine de 200 x 200 x 10 mm et 4 boulons M10, sur un appui en béton armé de 60 x 30 cm.
  • Au sous-sol : le mur sous le poteau est réparé et rejointoyé, car son joint était dégradé.
  • Au sol du sous-sol : une fondation de 130 x 130 cm et 30 cm d'épaisseur minimum, armée de deux nappes de treillis, à contrôler sur place.
Détail d'un poteau acier HEA entre la poutre du rez-de-chaussée et la fondation du sous-sol
Détail du poteau : platines en tête et en pied, mur du sous-sol repris, fondation à contrôler.

Le poteau est aussi tenu en tête par des cornières et des tirefonds sur la poutre bois existante. Cette fixation le bloque au flambement, c'est-à-dire qu'elle l'empêche de se courber sous la charge. Enfin, côté façade, le plan précise que les sommiers ne traversent pas le mur extérieur.

Ce que l'ingénieur contrôle à chaque étape

Étape Contrôle Référence
Étaiement Étais d'aplomb, serrés, reportés jusqu'à un support solide NF EN 1065
Sommiers Dimensions, béton durci, maçonnerie saine dessous NF EN 1992-1-1, NF EN 1996-1-1
Poutres Profil conforme, longueur d'appui, calage sans vide NF EN 1993-1-1
Assemblages Cornières, boulons 8.8 serrés, cordons de soudure NF EN 1993-1-8, NF EN 1090-2
Poteau Platines, ancrages, maintien en tête, fondation NF EN 1993-1-1, NF EN 1997-1
Désétaiement Retrait progressif, absence de fissure nouvelle Plan d'exécution

À ne pas faire pendant une démolition de mur porteur

  • Démolir avant que les étais soient posés et serrés.
  • Commander les poutres sur les cotes du plan sans mesurer sur place.
  • Remplacer un assemblage calculé par une soudure sans dimensions.
  • Poser une poutre sur une brique creuse ou sur des cales en bois.
  • Arrêter un poteau sur un plancher ou un dallage non vérifié.
  • Retirer les étais avant le contrôle des appuis et des assemblages.

Ce que vérifie l'ingénieur

Derrière chaque profil du plan, il y a un raisonnement. Voici les vérifications faites pour un chantier comme celui de Mundolsheim, et les normes qui les encadrent.

  • Les charges. Poids propres et charges d'exploitation selon la NF EN 1991-1-1, combinées selon la NF EN 1990.
  • Les poutres et le poteau. Résistance en flexion et à l'effort tranchant, déversement des poutres, flambement du poteau, selon la NF EN 1993-1-1. L'acier est de nuance S235 au minimum, au sens de la NF EN 10025-2.
  • La flèche. Une poutre résistante peut quand même trop fléchir. Les cloisons et les carrelages au-dessus fissurent alors. La flèche se vérifie donc à part, à l'état limite de service.
  • Les assemblages. Boulons, cornières et soudures selon la NF EN 1993-1-8. Les boulons de classe 8.8 répondent à la NF EN ISO 898-1.
  • Les appuis. Sommiers en béton armé selon la NF EN 1992-1-1, et maçonnerie sous charge concentrée selon la NF EN 1996-1-1.
  • Les planchers bois existants. Leur capacité à reporter la charge sur les nouvelles poutres, selon la NF EN 1995-1-1.
  • La fondation. Dimensions de la semelle sous le poteau, selon la NF EN 1997-1, à confirmer par un contrôle du sol sur place.
  • L'exécution. Fabrication et montage de la charpente acier selon la NF EN 1090-2.

Le plan ne remplace pas l'œil sur place. Seule une visite permet de vérifier que les murs conservés, le sous-sol et le sol correspondent à ce que l'étude a supposé. Pour un suivi pendant les travaux, voyez notre mission d'assistance au chantier. Ses constats sont consignés dans le rapport de suivi de l'ouverture du mur porteur.

Un mur porteur à démolir à Strasbourg ou autour ?

Avant de signer le devis de démolition, faites établir le plan de démolition et de renforcement. Nous intervenons à Strasbourg, Mundolsheim et dans tout le Bas-Rhin.

Demander un avis

Ou écrivez-nous : contact@france-ingenieurs.com

Questions fréquentes sur la démolition de mur porteur

1.

Peut-on souder les poutres sur place plutôt que les boulonner ?

Oui, si le plan le prévoit. Sur le chantier de Mundolsheim, le plan donnait les deux solutions : cornières boulonnées, ou soudure avec une longueur et une épaisseur de cordon fixées. La soudure sur chantier demande un soudeur qualifié et un contrôle des cordons. Une soudure improvisée, sans dimensions, ne remplace pas un assemblage calculé.

2.

Pourquoi faut-il mesurer les poutres sur place avant de les commander ?

Les murs anciens sont rarement d'équerre et rarement à la cote exacte du plan. Une poutre trop courte réduit sa longueur d'appui. Une poutre trop longue oblige à entailler le mur ou à recouper le profil sur place. C'est pourquoi le plan d'exécution impose de mesurer chaque longueur sur place avant la fabrication.

3.

Faut-il protéger les poutres métalliques contre le feu ?

Un profilé acier nu perd vite sa résistance en cas d'incendie. Sur ce chantier, le plan prévoit un habillage en plâtre pour obtenir le degré coupe-feu. Le niveau à atteindre dépend du bâtiment : maison individuelle, copropriété ou local recevant du public. L'ingénieur le précise dans l'étude.

4.

Que faire si la démolition révèle un mur différent de ce qui était prévu ?

Arrêtez la démolition à cet endroit et prévenez l'ingénieur. Un mur peut cacher un conduit, un ancien linteau ou une maçonnerie plus faible que prévu. Le plan de Mundolsheim anticipait ce cas : selon les sondages, certains éléments pouvaient être reconstruits en béton armé ou en maçonnerie chaînée. Toute adaptation se valide par écrit avant de reprendre.

5.

La démolition d'un mur porteur peut-elle fissurer les étages ?

Oui, si l'étaiement est insuffisant ou si les poutres sont mal calées. Le plancher descend alors légèrement, et les cloisons ou les enduits au-dessus fissurent. Un calage au mortier sans retrait et un désétaiement progressif limitent ce risque. Si des fissures apparaissent, seul un diagnostic sur place permet de dire si elles sont structurelles.

6.

Qui contrôle la pose des poutres à la fin du chantier ?

L'entreprise est responsable de l'exécution. L'ingénieur peut être missionné pour vérifier la pose avant le désétaiement : profils, appuis, calages et assemblages. Ce contrôle n'est pas automatique. Il faut le prévoir dans sa mission dès le départ.