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Supprimer un mur porteur

Supprimer un mur porteur : poutre acier sur poteau et appuis dans les murs, schéma de principe

Mis à jour en octobre 2026 par F. Mermer, ingénieur structure génie civil, spécialisation CHEBAP (CHEC), France Ingénieurs.

Oui, on peut supprimer un mur porteur sur toute sa longueur, à condition de reconstruire ailleurs le chemin que suivaient les charges. Une poutre remplace alors le mur. Cependant, elle doit reposer quelque part : dans les murs voisins, sur des poteaux ou sur un portique. Ces nouveaux appuis concentrent le poids sur quelques points, puis jusqu'aux fondations.

C'est là que la suppression totale diffère d'une simple ouverture, où la poutre repose sur les morceaux de mur conservés. Voici donc ce que l'ingénieur vérifie, ce qu'un cas réel montre et les documents à exiger avant les travaux. Les règles générales sont rappelées dans notre article pour casser un mur porteur en toute sécurité.

L'essentiel en 30 secondes

  • Supprimer un mur porteur est possible si les charges trouvent un autre chemin jusqu'au sol.
  • Sans mur pour la recevoir, la poutre repose sur des appuis à créer : murs perpendiculaires, poteaux ou portique.
  • Chaque poteau concentre une charge importante. La fondation en dessous se vérifie toujours.
  • Exigez une note de calcul, des plans d'exécution et un contrôle de la mise en charge.

Peut-on supprimer un mur porteur entièrement ?

Oui, dans la grande majorité des cas. La vraie question est ce que la structure doit reconstruire à sa place. En effet, un mur porteur remplit trois rôles à la fois.

D'abord, il porte les planchers, les murs et la toiture au-dessus de lui. Ensuite, il transmet ce poids à sa fondation, réparti sur toute sa longueur. Enfin, il participe souvent à la stabilité de la maison face au vent et aux séismes.

Une suppression totale doit remplacer ces trois rôles. Parfois, l'un d'eux coûte trop cher à reconstruire. L'ingénieur propose alors une ouverture large qui garde un bout de mur, ou un poteau intermédiaire. C'est un choix technique, pas de la prudence excessive.

Supprimer ou ouvrir un mur porteur : ce qui change pour la structure

Dans une ouverture, la poutre enjambe le vide et repose sur le mur conservé de chaque côté. Dans une suppression totale, il n'y a plus de mur pour la recevoir. Par conséquent, tout le projet dépend des appuis que l'on crée.

Ouverture ou suppression totale : le comparatif

Point Ouverture Suppression
Appuis Le mur conservé de chaque côté À créer : murs voisins, poteaux ou portique
Portée La largeur du passage Toute la pièce, ou deux portées avec un poteau
Charges Reportées dans le mur restant Concentrées sur quelques points
Fondations Celles du mur, déjà en place À vérifier sous chaque poteau
Stabilité Le mur restant garde une partie de son rôle Rôle à reconstruire ou à vérifier

Où reposent les poutres quand le mur disparaît ?

Trois solutions existent. Le choix dépend de la longueur à franchir, de ce que le mur portait et de l'état des murs voisins.

1Dans les murs perpendiculaires

La poutre s'appuie à chaque extrémité dans une façade ou dans un refend. Ces murs reçoivent alors une charge concentrée. L'ingénieur vérifie donc la maçonnerie sous l'appui et prescrit souvent un sommier en béton armé pour répartir la charge. Le rôle du sommier sous la poutre est détaillé dans un article dédié.

2Sur un ou plusieurs poteaux

Quand la portée devient trop grande, un poteau coupe la poutre en deux travées. La section de la poutre diminue. En revanche, le poteau descend toute sa charge en un seul point. Il lui faut donc un appui solide jusqu'au sol.

3Sur un portique

Le portique associe une poutre et des poteaux liés entre eux. Il libère l'espace sans charger des murs fragiles. De plus, si ses assemblages sont conçus pour cela, il peut reprendre une partie de la stabilité que le mur assurait.

Pour une suppression, la poutre est plus longue que pour une ouverture. Or, plus la portée augmente, plus la flèche devient le critère qui décide. Une poutre qui fléchit trop fissure les cloisons et le carrelage de l'étage, même si elle ne rompt pas.

Schéma de principe pour supprimer un mur porteur : poutre sur appuis dans les murs perpendiculaires, poteau intermédiaire et massif de fondation
Les charges passent par la poutre, ses appuis et le poteau jusqu'au massif de fondation.

Supprimer un mur porteur : que se passe-t-il sous les nouveaux appuis ?

Un mur répartit sa charge sur toute la longueur de sa fondation. Un poteau, lui, la concentre sur une petite surface. Ainsi, la question des fondations change complètement.

Le dallage du rez-de-chaussée n'est souvent pas conçu pour recevoir une charge concentrée. L'ingénieur regarde donc ce qu'il y a dessous. S'il existe un sous-sol, il cherche un mur ou une fondation capable de recevoir le poteau. Sinon, il prescrit un massif de fondation propre au poteau, dimensionné selon le sol.

C'est une erreur que l'on rencontre sur des chantiers faits sans étude : le poteau est posé sur le carrelage. Par la suite, le dallage peut se fissurer ou s'enfoncer sous le poteau.

Le mur participait-il à la stabilité de la maison ?

Un mur porteur ne sert pas qu'à porter. Souvent, il tient aussi les façades et empêche la maison de se déformer sous le vent. C'est ce qu'on appelle le contreventement.

Supprimer ce mur retire une partie de ce raidissement. L'ingénieur vérifie alors que les murs restants suffisent. Dans le cas contraire, il prévoit un portique rigide ou un autre élément de stabilité.

En Alsace, la question compte davantage. La région est classée en sismicité modérée à moyenne selon les communes. Par conséquent, pour certains projets, le séisme entre dans les vérifications.

Les documents à exiger avant de supprimer un mur porteur

Une suppression totale engage la structure de toute la maison. Elle se prépare donc avec des documents écrits, que chacun doit pouvoir relire.

Les documents et qui les fournit

Document Contenu Qui
Note de calcul Charges, poutre, appuis, fondations, stabilité. Datée et signée Bureau d'études
Plans d'exécution Cotes, profilés, poteaux, assemblages, massifs Bureau d'études
Plan d'étaiement Position des étais, ordre de démolition Entreprise, ou bureau d'études sur demande
Attestation décennale Couvre les travaux de structure réalisés Entreprise
Contrôle de mise en charge Profilé posé, calage, appuis conformes aux plans Bureau d'études

L'étaiement mérite une attention particulière. Pendant la démolition, ce sont les étais qui portent tout. Notre article sur l'étaiement d'un mur porteur pendant les travaux détaille le dispositif à demander. Pour suivre un chantier complet, de la démolition aux assemblages, voyez notre article sur la démolition de mur porteur sur un chantier réel.

Méfiez-vous si :

  • la poutre est choisie sans visite ni descente de charges ;
  • les poteaux reposent sur le dallage sans aucune vérification ;
  • personne ne parle de la stabilité de la maison une fois le mur retiré ;
  • le profilé prévu est remplacé sans accord écrit de l'ingénieur ;
  • les étais sont retirés avant que le calage de la poutre ait durci.

Dans ce cas, faites relire le projet par un ingénieur structure avant le début des travaux.

Ce que vérifie l'ingénieur

1L'observation sur place

L'ingénieur relève ce qui repose sur le mur, le sens des planchers et l'état des murs voisins. Il regarde aussi ce qui se trouve dessous, au sous-sol ou au niveau du dallage.

2Les sondages

Ensuite, il ouvre ponctuellement un enduit ou un faux plafond. Il confirme ainsi la nature du mur, celle du plancher et la position des futurs appuis. Quand une donnée reste inconnue, il retient l'hypothèse la plus défavorable.

3Le calcul

Il établit la descente de charges selon la NF EN 1990 et la NF EN 1991-1-1. Puis il vérifie la poutre et les poteaux en acier selon la NF EN 1993-1-1 : résistance, déversement et flèche. Enfin, il contrôle les appuis dans la maçonnerie (NF EN 1996-1-1) et les sommiers ou massifs en béton armé (NF EN 1992-1-1).

4La conclusion écrite

Le profilé, les appuis, les fondations et les réserves sont réunis dans une note de calcul datée et signée. Elle précise aussi les points à confirmer sur le chantier.

Seul un examen sur place permet de conclure. Le déroulement complet de la mission est présenté sur notre page consacrée à l'étude de structure pour un mur porteur.

Cas réel : une maison à Ittenheim, où l'étude a fixé les limites

Le projet

Il s'agit d'une maison individuelle à Ittenheim, à l'ouest de Strasbourg. Le projet consistait à ouvrir le mur porteur entre deux pièces du rez-de-chaussée. Au-dessus, on trouve un étage avec un plancher en bois, un mur de 10 cm et la toiture. En dessous, la visite a montré que le mur se prolonge au sous-sol.

Les hypothèses

La nature du plancher haut du rez-de-chaussée n'était pas connue. L'étude a donc retenu le cas le plus défavorable : une dalle en béton de 20 cm, qui porte dans un seul sens sur 3,76 m de largeur. De même, le mur de l'étage a été compté en briques pleines, le matériau le plus lourd possible.

Le calcul

La descente de charges donne 42 kN par mètre de poutre en charges permanentes, soit environ 4,2 tonnes par mètre. S'y ajoutent 8,6 kN/m de charges d'exploitation et 1,0 kN/m de neige. Le calcul conduit à un HEA 200 ou un HEB 180 au minimum, en acier S235.

Pour le HEA 200, le moment de calcul atteint 55,4 kNm pour un moment résistant de 92,6 kNm. Par ailleurs, la flèche calculée est de 3,4 mm, sous la limite de 5 mm (portée divisée par 500) retenue pour cette étude.

Les appuis et les limites

L'étude prévoit deux solutions d'appui. Si les murs du rez-de-chaussée sont de bonne qualité, des sommiers en béton armé de 20 × 70 cm suffisent. Sinon, deux poteaux métalliques UPN 140 sont fixés contre le mur, avec des platines en tête et en pied.

Elle limite aussi l'ouverture à 2,50 m, à mesurer sur place avant les travaux, et conserve deux bouts de mur de 70 cm et 44 cm. Enfin, elle signale le linteau de la porte voisine, côté couloir, qui peut être touché par les travaux.

Ce que ce cas montre

Supprimer ce mur sur toute sa longueur aurait demandé une autre étude. En effet, la poutre aurait été plus longue. Ses appuis auraient dû être créés ailleurs, dans les murs perpendiculaires ou sur des poteaux dont il fallait vérifier l'appui jusqu'au sous-sol. Ce sont des choix qu'un devis de travaux ne peut pas trancher seul.

Vous voulez supprimer un mur porteur ?

Envoyez-nous un plan ou un croquis de la pièce, des photos du mur des deux côtés, l'adresse et l'année de construction si vous la connaissez. Nous vous indiquons si la suppression totale est envisageable et quelle étude prévoir.

Demander un avis

ou par e-mail : contact@france-ingenieurs.com

Questions fréquentes sur la suppression d'un mur porteur

1.

Peut-on supprimer un mur porteur sans mettre de poteau ?

Oui, si la poutre peut franchir toute la longueur et s'appuyer dans les murs perpendiculaires. Ces murs doivent alors recevoir une charge concentrée, souvent grâce à un sommier. Au-delà d'une certaine portée, la poutre devient très haute et très lourde, et un poteau devient la solution la plus simple. Seul le calcul permet de trancher.

2.

Un poteau peut-il reposer directement sur le dallage existant ?

Pas sans vérification. Un dallage de rez-de-chaussée n'est souvent pas conçu pour une charge concentrée. L'ingénieur vérifie donc ce qu'il y a dessous et prescrit si besoin un massif de fondation propre au poteau.

3.

La poutre peut-elle être cachée dans l'épaisseur du plafond ?

Parfois. Cela dépend du type de plancher et de la hauteur de la poutre. Avec un plancher bois, les solives peuvent souvent venir s'appuyer sur la poutre. En revanche, avec une dalle en béton existante, la poutre reste en général visible sous le plafond.

4.

Que devient le mur du sous-sol situé sous le mur supprimé ?

Il reste en place et continue de porter. Il peut même devenir l'appui naturel d'un poteau. Avant de compter sur lui, l'ingénieur vérifie toutefois son état et sa capacité à recevoir une charge concentrée.

5.

Peut-on supprimer un mur porteur dans une maison ancienne ?

Oui, mais avec plus de précautions. Les murs en pierre, en brique ancienne ou à pans de bois supportent mal les charges concentrées, et leurs fondations sont souvent peu profondes. Les sondages prennent alors une place plus importante dans l'étude.

6.

Faut-il une nouvelle étude pour agrandir plus tard une ouverture jusqu'à supprimer tout le mur ?

Oui. Passer d'une ouverture à une suppression totale change la portée, les appuis et parfois les fondations. Par conséquent, la poutre déjà posée ne convient souvent plus et doit être remplacée. Mieux vaut décider de la longueur finale dès la première étude.

Pour aller plus loin

1. Le dossier à présenter en assemblée générale pour un mur porteur en copropriété

2. IPN, IPE, HEA, HEB ou UPN : comparer les profilés

3. Comment se calcule une descente de charges

4. Semelle, radier ou micropieux : les types de fondations d'une maison