Mis à jour le 1er novembre 2026 par F. Mermer, ingénieur structure génie civil, spécialisation CHEBAP (CHEC), France Ingénieurs.
Une fissure active est une fissure qui continue de bouger. Pour le savoir, une seule méthode fiable : la mesurer dans le temps, avec un témoin ou un capteur posé à cheval sur la fissure. Une photo ou une visite unique ne suffit pas.
Ensuite, le suivi dit si la fissure s'ouvre, se referme ou reste stable. C'est ce qui décide de la suite : simple surveillance, étude de sol ou travaux. Si vous cherchez d'abord à lire la forme d'une fissure, voyez notre article sur les fissures en escalier, verticales ou horizontales.
L'essentiel en 30 secondes
- Une fissure active bouge encore, une fissure stabilisée ne bouge plus.
- Seule une mesure répétée dans le temps permet de trancher.
- Le suivi dure plusieurs mois, idéalement une année pour couvrir l'été et l'hiver.
- Le suivi dit si la fissure bouge, pas pourquoi : la cause se cherche ensuite.
Fissure active ou stabilisée : quelle différence ?
Une fissure stabilisée s'est formée une fois, puis ne bouge plus. Par exemple, le retrait d'un enduit ou d'un béton à la construction laisse souvent des fissures fines qui n'évoluent plus. Elles se traitent alors comme un défaut d'aspect.
En revanche, une fissure active continue d'être sollicitée. Elle s'ouvre, se referme ou s'allonge. Dans un mur porteur, cela signale que la structure ou son sol travaille encore. Dans ce cas, reboucher ne règle rien : la fissure revient.
Attention cependant. Active ne veut pas dire grave à coup sûr. Un mur bouge un peu avec la température et l'humidité. Tout l'enjeu du suivi est donc de distinguer un mouvement qui va et vient d'un mouvement qui progresse.
Comment savoir si une fissure est active : les outils de suivi
Le principe est toujours le même. On fixe un repère de part et d'autre de la fissure, puis on relève l'écart entre les deux à intervalles réguliers. Trois outils existent, du plus simple au plus précis.
1Le témoin en plâtre
D'abord, c'est la méthode la plus ancienne : une petite galette de plâtre datée, collée à cheval sur la fissure. S'il se fend, la fissure a bougé. En revanche, il ne dit ni de combien ni dans quel sens. De plus, le plâtre peut se fissurer seul en séchant.
2La jauge graduée
Ensuite, la jauge, aussi appelée fissuromètre, se compose de deux plaques qui glissent l'une sur l'autre, collées de chaque côté. On lit le déplacement sur une graduation. Ainsi, vous savez si la fissure s'ouvre ou se referme, à condition de relever et de noter chaque mesure.
3Le capteur électronique
Enfin, le capteur mesure l'ouverture en continu et enregistre aussi la température. Les données se consultent sur téléphone ou ordinateur. Par conséquent, on voit tout le mouvement entre deux visites, et pas seulement deux points.
Dans tous les cas, notez la date de pose et photographiez le repère avec un mètre. Une mesure sans date initiale ne sert à rien.
Combien de temps faut-il suivre une fissure ?
Plusieurs mois au minimum. En effet, un mur se dilate quand il fait chaud et se rétracte quand il fait froid. Le sol, lui, change avec les saisons, surtout s'il est argileux ou sensible à l'eau.
Par conséquent, un suivi de quelques semaines peut montrer une fissure qui se referme au printemps et faire croire, à tort, qu'elle est stable. Un suivi efficace couvre donc idéalement une année, pour voir un été et un hiver. Dans notre pratique, une visite par mois, ou toutes les cinq semaines, permet de relever les mesures et de vérifier les repères.
Lire les mesures d'une fissure active
Une courbe de suivi se lit avec la température à côté. Voici les quatre situations que l'on rencontre le plus souvent.
Tableau de lecture d'un suivi
| Situation | On vérifie | Vigilance |
|---|---|---|
| Aucun mouvement sur plusieurs mois et deux saisons | Fissure stabilisée : traitement de l'aspect | Faible |
| Ouverture et fermeture au rythme des températures | Durée du suivi, fissure traversante ou non, mur porteur | Moyenne : poursuivre |
| Ouverture un peu plus grande à chaque relevé | Sol, fondations, eau, arbres, travaux voisins | Forte : étude de sol |
| Fissure qui s'élargit vite, portes qui coincent | Stabilité immédiate du mur | Urgence : appelez un ingénieur |
Ce tableau donne des repères, pas des seuils. L'analyse des mesures revient à l'ingénieur structure. En effet, il n'existe pas de valeur unique au-delà de laquelle une fissure devient grave : les valeurs se lisent au cas par cas, selon le mur, le bâtiment, le sol et la durée du suivi.
Une fissure active dans un mur porteur mérite toujours qu'on en cherche la cause. Pour le principe d'un diagnostic complet, voyez notre page diagnostic de fissures par un ingénieur structure.
À ne pas faire pendant le suivi
- Reboucher ou repeindre la fissure : vous effacez ce qu'on cherche à mesurer.
- Décoller, déplacer ou heurter un témoin.
- Conclure sur une seule mesure ou après quelques semaines.
- Attendre la fin du suivi si la fissure s'élargit vite : appelez sans attendre.
Après le suivi : étude de sol, diagnostic ou travaux
Le suivi répond à une question : la fissure bouge-t-elle ? Il ne dit pas pourquoi. Si la fissure est active, il faut donc chercher la cause avant de parler de travaux.
Quand le sol est suspecté, l'étape suivante est un diagnostic géotechnique, appelé mission G5 dans la norme NF P 94-500. Il précise la nature et la consistance du sol, le type de fondations et l'origine probable des désordres : tassement, retrait-gonflement des argiles après une sécheresse ou fondations insuffisantes.
Ensuite, l'ingénieur structure calcule ce que le bâtiment supporte et dimensionne la réparation. Selon le cas, il peut s'agir de traiter l'eau, de renforcer un mur ou de reprendre les fondations. Nous détaillons ces situations dans notre article sur les signes qui imposent une reprise en sous-œuvre.
Ce que vérifie l'ingénieur
Avant de poser les capteurs, nous relevons la fissure : position, longueur, largeur, forme, fissure traversante ou non. Nous vérifions si le mur est porteur et nous regardons les autres fissures du bâtiment. Ensuite, nous plaçons les repères bien de part et d'autre de la fissure, là où le mouvement est le plus parlant. Enfin, nous croisons les mesures avec l'historique : photos anciennes, saison, eau, végétation, travaux.
Cas réel : une fissure active suivie pendant quatre mois
Le contexte
Dans une maison du Bas-Rhin, à l'ouest de Strasbourg, une fissure existait dans un mur porteur du sous-sol. Une photo de mars 2022 la montrait déjà. Au cours de l'année précédant notre intervention, elle s'était ouverte. Le propriétaire voulait savoir si elle évoluait encore.
La mission
Nous avons posé deux capteurs électroniques et un capteur manuel sur la fissure. Les enregistrements ont démarré le 29 février 2024. Ensuite, nous sommes revenus sur place le 3 avril, le 22 mai et le 3 juillet 2024 pour relever les mesures et contrôler les capteurs.
Les mesures
Les deux capteurs ont montré une fissure qui bouge. Elle s'est d'abord légèrement ouverte, puis s'est refermée. Sur le premier capteur, la fermeture a atteint environ 0,26 mm. Sur le second, environ 0,12 mm. Le capteur manuel a confirmé ce mouvement. Ces valeurs ne se comparent pas à un seuil général : nous les avons analysées pour ce mur, ce bâtiment et ce sol.
Sur le graphique, la fissure se referme pendant que la température du sous-sol monte. Toutefois, quatre mois de printemps ne disent pas ce qui se passe en hiver. Ce lien ne suffit donc pas à expliquer la fissure.
Notre conclusion
La fissure est active : elle continue de bouger, et elle se trouve dans un mur porteur. La cause, elle, n'était pas établie à la fin du suivi. Un tassement du sol était la piste la plus probable, sans pouvoir l'affirmer. Nous avons donc recommandé un diagnostic géotechnique avant toute décision de travaux, pour connaître le sol, les fondations existantes et l'origine des désordres. Autrement dit, nous n'avons pas proposé de réparation à l'aveugle.
Une fissure qui semble bouger ?
Envoyez-nous des photos datées de la fissure, avec un mètre, et l'année de construction. Nous vous disons si un suivi s'impose et comment le mettre en place.
ou par e-mail : contact@france-ingenieurs.com
Questions fréquentes sur les fissures actives
1.Une fissure qui se referme est-elle rassurante ?
Pas forcément. Une fissure qui s'ouvre puis se referme reste une fissure active : elle bouge. Il faut savoir si ce mouvement revient au même point au fil des saisons, ou s'il progresse d'une année sur l'autre.
2.Puis-je suivre une fissure moi-même ?
Oui, pour un premier repérage. Collez une jauge graduée à cheval sur la fissure, notez la date de pose et relevez la mesure chaque mois avec une photo. Si la fissure est dans un mur porteur ou si elle s'élargit, faites intervenir un ingénieur.
3.Le témoin en plâtre suffit-il ?
Il indique seulement que la fissure a bougé, sans dire de combien ni dans quel sens. De plus, le plâtre peut se fendre en séchant. Une jauge graduée ou un capteur donne une mesure exploitable.
4.À quelle fréquence relever les mesures ?
Un relevé par mois est un bon rythme pour une jauge. Un capteur électronique enregistre en continu, mais une visite régulière reste utile pour contrôler les repères et l'état du mur.
5.Le suivi remplace-t-il une étude de sol ?
Non. Le suivi dit si la fissure bouge, pas pourquoi. Si la fissure est active et que le sol est suspecté, un diagnostic géotechnique de type G5 permet d'en chercher la cause.
6.Faut-il attendre la fin du suivi pour agir ?
Pas si la fissure s'élargit vite, si des portes coincent ou si un mur se déforme. Dans ces cas, un ingénieur doit vérifier la stabilité sans attendre. Le suivi sert à décider sereinement, pas à retarder une urgence.
7.Existe-t-il une valeur limite pour une fissure active ?
Non. L'analyse des mesures revient à l'ingénieur structure. Il n'existe pas de valeur unique au-delà de laquelle une fissure devient grave : les valeurs se lisent au cas par cas, selon le mur, le bâtiment, le sol et la durée du suivi.
